Gestion de Fortune - n°378
EDITO - Les délices de Capoue
À l’issue du premier trimestre, plusieurs signaux nous invitent à la
vigilance, en particulier sur le terrain de la géopolitique internationale.
Ils ne constituent pas nécessairement des ruptures
immédiates, mais ils interrogent les équilibres qui ont soutenu
les marchés ces derniers mois. Dans ce contexte, il serait imprudent de céder
aux « délices de Capoue ».
L’expression renvoie à l’épisode célèbre de l’armée d’Hannibal. Après ses
victoires contre Rome, le général carthaginois et ses troupes auraient
séjourné dans la ville de Capoue, réputée pour son luxe et ses plaisirs. Selon la
tradition, cette période d’abondance aurait émoussé leur discipline et contribué
à la perte de leur avantage stratégique. Qu’elle soit historiquement exacte
ou non, la métaphore reste éclairante : le succès prolongé peut engendrer
l’assoupissement.
Lorsque les performances s’enchaînent, la tentation est grande de considérer
les équilibres actuels comme acquis. Pourtant, le rôle du conseiller comme
celui de l’épargnant n’est pas de prolonger l’euphorie, mais de maintenir la
lucidité. Cela implique de se poser les bonnes questions, des deux côtés du
bureau.
La gestion de patrimoine ne peut se réduire à des convictions formulées dans
l’abstrait. Les grandes idées d’investissement ont leur cohérence intellectuelle,
mais elles doivent toujours être confrontées aux faits et surtout aux
chiffres. Dès que l’on pose les mathématiques, les croyances doivent rendre
des comptes.
Dans une société où domine souvent le jugement réactif, immédiat, fragmenté,
dicté par l’actualité, la gestion de patrimoine doit au contraire s’inscrire
dans le temps long. Le jugement réactif produit des décisions par saccades :
des raisonnements partiels, parfois contradictoires, rarement structurés.
Restons donc attentifs, exigeants et curieux. Autrement dit : continuons à
nous challenger.
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