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Gestion de Fortune - n°377

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ÉDITO - « J’ai cru, j’ai vu, je pleure… » 

William Wordsworth

Nous avons enfin un budget. Il le fallait, au moins pour satisfaire à l’exercice institutionnel. Mais certainement pas pour offrir une
trajectoire lisible aux acteurs économiques, aux épargnants ou aux investisseurs internationaux tentés par la France.
Comme chaque année, l’exécutif promet de contenir le déficit public au seuil annoncé : 5 % du PIB en 2025. Hier encore, la norme intangible était de 3 %.
Le glissement est devenu banal. La communication du ministère de l’Économie et des Finances sur des « dépenses maîtrisées » ne convainc plus guère.
Pourquoi 2026 afficherait-elle une amélioration sensible, alors que 2025 devrait s’achever autour de 5,4 % du PIB ? À défaut de stratégie de redressement
crédible, le risque est celui d’une navigation à vue jusqu’en 2027, avec en toile de fond une forme de cacophonie budgétaire digne d’un vaudeville.
Pendant ce temps, l’industrie financière, elle, s’organise. Dix acteurs majeurs du marché des produits structurés ont décidé d’unir
leurs forces pour créer l’association France Produits Structurés. Objectif : structurer un marché en forte croissance, mais encore hétérogène dans
ses pratiques, ses méthodes et ses standards. Le développement rapide de cette classe d’actifs appelle en effet des repères communs, des exigences
partagées en matière de qualité et un effort pédagogique collectif. Comme le souligne Romain Noirault, président de France Produits Structurés et dirigeant
d’Equitim : « Le marché a atteint une maturité qui rend nécessaire une voix collective. L’enjeu n’est pas de créer une instance supplémentaire, mais
un lieu de dialogue, de clarification et de progression partagée, au service de l’ensemble de l’écosystème. »
L’initiative repose sur une conviction claire : la pérennité du marché des produits structurés dépend de sa capacité à renforcer la professionnalisation
des pratiques et à organiser le secteur autour de standards communs. Dans le même temps, l’AMF a publié les conclusions d’un groupe de travail
réunissant des membres de ses commissions consultatives (épargnants, gestion et investisseurs institutionnels, organisation et fonctionnement du
marché). L’objectif : formuler de bonnes pratiques, afin d’améliorer la lisibilité et la compréhension des produits structurés distribués aux particuliers.
La croissance de cette classe d’actifs au cours des trois dernières années ne laisse personne indifférent. Il était donc nécessaire d’encadrer son essor
par davantage de clarté et de pédagogie. À ce titre, l’initiative conjointe des professionnels et du régulateur va dans le bon sens : elle peut contribuer à
éviter une polarisation stérile, à l’image de celle qui oppose, parfois caricaturalement, les partisans de la gestion passive à ceux de la gestion active.
Entre incertitude budgétaire et structuration sectorielle, le contraste est saisissant : là où la puissance publique peine à tracer une trajectoire crédible,
le marché, lui , cherche à s’organiser.

Le magazine de la gestion privée