Gestion de Fortune - n°374
EDITO - Appréhender ses biais : une urgence collective
L'AMF vient de lancer une campagne pédagogique destinée aux
jeunes investisseurs, pour les sensibiliser aux biais cognitifs qui
polluent leurs décisions. Dont acte. Mais une question se pose alors
immédiatement : pourquoi se limiter aux jeunes ? À l’heure où
l’épargne des Français pèse des centaines de milliards, comment accepter
que l’ensemble de la population reste si peu armée face aux réflexes
inconscients qui guident nos choix financiers ?
Car cette campagne touche juste. Elle parle de cryptoactifs, terrain de jeu
favori des jeunes investisseurs, mais aussi champ d’illusions, de croyances et
de faux maîtres. Et surtout, elle met en lumière des biais que nous partageons
tous, quel que soit notre âge ou notre expérience. L’AMF rappelle ainsi des
fondamentaux :
● Le biais de mimétisme, cette tentation de suivre le troupeau plutôt que de
réfléchir à ses propres besoins.
● Le biais de confirmation, qui nous pousse à ne voir que ce qui conforte nos
convictions, quitte à ignorer les signaux d’alerte.
● L’illusion de contrôle, qui nous fait croire que nous pouvons anticiper
l’imprévisible.
● L’illusion de connaissance, qui nous donne l’assurance, parfois dangereuse,
de maîtriser un sujet que l’on effleure à peine.
Et il faut avoir l’honnêteté de l’admettre : que l’on soit épargnant, conseiller
bancaire ou CGP, personne n’y échappe. Pas même les plus aguerris. Nous
sommes humains, donc faillibles. Cicéron l’avait parfaitement résumé :
« C'est le propre de l'être humain de se tromper ; seul l'insensé persiste dans
son erreur. »
À l’heure où certains dossiers comme les SCPI, par exemple, ont révélé un
chaud/froid brutal sur le marché de la pierre-papier, il est difficile de prétendre
que tout le monde a agi avec clairvoyance. Ici, le biais n’est pas un concept
abstrait : il a coûté du temps, de l’argent, et parfois de la crédibilité.
Reconnaître les biais, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est au contraire la
première étape vers une culture financière plus lucide et plus responsable. Et
peut-être est-il temps que cette ambition devienne un enjeu national, plutôt
qu’une simple campagne ciblée.
Parce qu’on n’éduque pas seulement les jeunes investisseurs : on éduque un
pays entier à mieux décider. Et ça, ce serait un vrai investissement d’avenir.
La rédaction de Gestion de Fortune vous souhaite un joyeux Noël.
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